Cela m'a pris en plein été. J'étais là, assez désespérée par ce boulot qui me prenait mes nuits, mes matins, mes journées, mon sommeil, mes week end. Alors j'ai regardé le programme. Pas celui de la télé : le programme de l'agrégation d'histoire. Quelle idée.
Cela fait dix ans que je suis journaliste. Dix ans que je gagne ma vie en écrivant, en parlant, en préparant et trimbalant d'autres journalistes.
J'ai aimé ce métier, je l'ai adoré, je l'ai chéri et poursuivi, bien qu'il soit dur, injuste, mal payé parfois, méprisé presque toujours.
Je l'ai fait avec passion. C'est un vrai métier : il faut apprendre à écrire, à poser des questions, à monter son papier pour qu'il fasse 35 secondes -exactement. J'ai fait des directs dans le S-Bahn, failli annoncer que Schröder s'alliait avec l'extrême-gauche, commenté l'arrestation de Strauss-Kahn.
Pourtant cet été, je ne pouvais plus. Plus être traitée comme une secrétaire, plus être ignorée, mal payée, négligée. Ce n'était pas l'ambiance, qui était excellente. Ce n'était même pas le travail, qui était inintéressant sans plus. C'était sans doute l'accumulation : des conditions de travail compliquées, une désorganisation chronique, une forme certaine de je-m'en-foutisme, de précipitation, de négligence.
Pas une seule fois on ne s'est interrogé ce que l'auditeur, le lecteur, le téléspectateur voulait. Pas un mot sur les gens qui nous font vivre, mais une seule préoccupation à la place : est-ce bien pour ma carrière? Le communiqué de presse sera-t-il flatteur? Fera-t-on, enfin, l'actualité?
Un jour de repos -mon seul jour de repos dans la semaine- j'ai ouvert l'ordinateur, cherchée la prépa pour l'agrégation. Commencé à remplir mon dossier. Il manquait des pièces : j'ai retourné mon placard à la recherche de ma vieille carte d'étudiant. A la place, j'ai retrouvé les rapports des jurys pour les concours des années précédentes. J'ai réalisé que ce n'était pas une lubie, mais la poursuite d'une idée très ancienne, ancrée profondément, qui avait eu besoin de dix années pour arriver à maturité.
J'ai posé ma candidature, comme préalable à la réalisation de cette idée venue du passé. J'étais dubitative, je ne croyais pas vraiment pouvoir être acceptée.
La réponse est arrivée il y a trois jours.
Je me lance dans un parcours compliqué et incertain, dont l'issue m'effraie un peu.
Un chemin que j'ai envie de raconter ici.